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Les résultats de la fouille préventive sur le futur site de SGD à Saint-Quentin-la-Motte-Croix-au-Bailly (80)

 
Les résultats de la fouille préventive sur le futur site de SGD dans la Somme

Mercredi 16 juillet, l'INRAP Nord-Picardie a présenté aux représentants de l'Etat, de la communauté de communes Bresle-Maritime et de la société SGD les résultats de la fouille préventive prescrite par le préfet avant la construction du nouveau site de production de l'industriel dans la Somme. Afin de préserver les traces des civilisations passées tout en garantissant l'avenir, un calendrier de fouille accélérée avait été mis en place au printemps 2014.

Avant l’implantation du futur site industriel de la société SGD au sein du parc environnemental d'activités Gros-Jacques, à Saint-Quentin-la-Motte-Croix-au-Bailly (80), le préfet de région avait prescrit au début de l’année 2014 un diagnostic archéologique qui a permis d’identifier plusieurs phases d’occupation du site, de la période néolithique jusqu’à l’époque romaine.

Ces découvertes ont donné lieu, sous le contrôle scientifique et technique de la DRAC Picardie (service régional de l'archéologie), à une campagne de fouille préventive effectuée par les archéologues de l’Inrap, débutée en avril 2014 pour trois mois.

Le respect par les archéologues d’un calendrier de fouille très contraint, nécessitant la mise en œuvre de moyens exceptionnels et de fouilles réalisées par zones successives a permis de ne pas retarder les travaux de construction de SGD, qui ont débuté fin avril.

La future unité de production d’emballage primaire pharmaceutique de la société SGD est le plus important investissement industriel réalisé dans le secteur de la verrerie en France depuis 20 ans.

1. Le calendrier de fouille

Étape
Date prévisionnelle
Date effective
Début de la fouille 31 mars 2014 31 mars 2014
Libération de la première zone de fouille et début des travaux de terrassement par SGD 25 avril 2014 25 avril 2014
Libération totale du terrain par les archéologues 27 juin 2014 25 juin 2014, soit 48h d’avance sur le planning prévisionnel
Enlèvement de toutes les installations de l’INRAP 27 juin 2014 27 juin 2014
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Présentation des résultats de fouille au préfet par l'INRAP Nord-Picardie

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2. Les résultats de la fouille   

Des occupations gauloise et gallo-romaine aux confins des territoires calète et ambien à Saint-Quentin-La-Motte-Croix-au-Bailly (Somme)

En préalable à la construction d’une unité de production d’emballage primaire pharmaceutique par la société SGD sur le parc environnemental d’activités de Gros-Jacques géré par la Communauté de communes Bresle maritime, l’Inrap a fouillé 3,7 hectares de terrains entre le 31 mars et le 25 juin 2014. Prescrite par l’État (Drac Picardie), cette opération a révélé une occupation dense du milieu du Ier siècle avant notre ère au début du IIIe siècle de notre ère.

Une ferme gauloise

La première zone investiguée est organisée autour d’un enclos carré fossoyé de 50 m de côté, muni d’une entrée sur son côté est. Le mobilier céramique prélevé dans le comblement du fossé, daté de la fin de la période gauloise (Ier siècle avant notre ère), confirme que cet enclos est l’occupation la plus précoce du site. Il semble que cet espace était dédié à l’habitat et aux activités domestiques : à l’intérieur, une série de bâtiments (au moins cinq) sur poteaux porteurs sont alignés le long des fossés. Une batterie de silos, fosses et celliers s’ouvrent à l’intérieur de ces bâtiments. Assez peu de mobilier a été retrouvé mais montre une durée d’exploitation de la ferme assez réduite dans le temps.

D’autres enclos ne contenant que très peu de structures se développent au sud et au nord. Plusieurs éléments témoignent de la vocation agricole de ce site, en relation avec l’espace domestique enclos. Un grand puits-citerne occupe un enclos situé au nord. Le long de ce puits ont été mis au jour deux petits greniers ainsi qu’un certain nombre de chablis (traces d’arbres déracinés) témoignant de la présence d’arbres disséminés dans la zone. De même, un second enclos situé au sud contient en son centre un bâtiment sur poteaux ainsi qu’une série de chablis et trois puits.

Un peu à l’écart de cet espace a été découvert un four à sel de l’époque gauloise dans un très bon état de conservation. Cette découverte n’est pas chose commune puisque seulement une dizaine d’exemples a été mise au jour ces 20 dernières années dans la moitié nord de la France. Son étude sera riche en enseignements, tant du point de vue du mode de construction de ce four  que de son fonctionnement, mais aussi du statut de ce site. En l’état actuel de nos connaissances, les fours à sel semblent toujours être associés aux établissements gaulois ayant un statut privilégié.

Une occupation gallo-romaine

Une seconde zone de fouilles s’articule autour d’une longue voie d’accès bordée de fossés, sur plus de 200 m. Suivant une orientation nord-ouest/sud-est, elle organise une occupation plus tardive du Ier-IIe siècle de notre ère qui se développe à l’est de la ferme gauloise.

Cette occupation se présente sous la forme d’un grand enclos curviligne de 4 000 m² partitionné en plusieurs espaces distincts par une série de petits fossés rayonnants. A l’intérieur de ces espaces ont été aménagés une série de bâtiments encavés de dimensions assez variable allant de 6 m² à plus de 75 m². Leur architecture, assez bien conservée, laisse apparaître la présence de poteaux porteurs destinés à soutenir la charpente et de murets en pierre qui devaient ceinturer l’édifice dans sa partie supérieure. Une série de grandes fosses et silos ont également été mis au jour. L’étude de l’abondant mobilier archéologique piégé dans leur comblement permettra d’avoir une vision complète du corpus céramique présent sur le site.

De nouvelles perspectives de recherches

Par sa position géographique particulière, le site de Gros-Jacques ouvre plusieurs perspectives de recherches. Positionné sur un rebord de plateau limoneux, au nord-est de la vallée de la Bresle, il est en effet implanté 5 km face à l’antique Briga (Bois-l’Abbé). Autour de ce camp militaire romain  se développe progressivement une véritable agglomération. Il est par ailleurs situé à la limite des territoires calète et ambien. Dans ce contexte, les découvertes devraient éclairer sur la nature des occupations du site de Gros-Jacques, ses relations avec Briga toute proche, mais aussi plus largement sur les limites des territoires au sud de la Gaule belgique.

Occupé en pleine période de Conquête romaine, le site répondra peut-être aux questionnements des archéologues sur les conséquences liées à cet évènement, en terme de changements ou d’adaptations.

Une opération d’archéologie préventive de grande ampleur

Afin de concilier archéologie préventive et aménagement par la société SGD dans des délais très courts (3 mois), l’Inrap est intervenu en trois phases successives, permettant de libérer progressivement les terrains en vue de leur aménagement en co-activité. Afin d’atteindre ces objectifs, une forte mobilisation dans les moyens mécaniques et humains a été mise en place. Pas moins de trois ateliers de terrassement ont été déployés dès le démarrage de l’opération, ils ont mobilisé trois pelles mécaniques de 25 tonnes auxquelles leurs ont été adossés deux Dumpers pour l’évacuation des terres et dont la gestion des déblais a été assurée par un Bull, soit en tout 10 engins lourds. Au total, une vingtaine d’archéologues et un topographe ont également été mobilisés sur la durée du chantier, à la fois pour suivre les décapages mais également pour la fouille et le relevé photographique et graphique des structures archéologiques rencontrées et ce afin de traiter le plus rapidement possible les zones à libérer en priorité. Après la fouille, l’heure est maintenant venue de traiter le mobilier archéologique (lavage, remontages des céramiques et études de divers spécialistes) et de compiler l’ensemble des relevés pris sur le terrain (plans, coupes, dessins, photographies) afin de rédiger un rapport final d’opération.

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Conférence de presse de présentation des résultats avec le préfet de région, le sous-préfet d'Abbeville, le représentant de la DRACdirection régionale des affaires culturelles (SRA), la représentante de la communauté de commune Bresle Maritime, le représentant de SGD et les archéologues de l'INRAP

3. La prescription de fouille par les services de l’État

L’archéologie préventive vise à assurer la sauvegarde du patrimoine archéologique menacé par des travaux d’aménagement. L'État veille à la conciliation des exigences de la recherche scientifique, de la conservation du patrimoine et du développement économique et social.

Au sein de la DRAC de Picardie, sous l’autorité du préfet de région, l’archéologie préventive est pilotée par le Service Régional de l’Archéologie (SRA).

Les missions du Service Régional de l’Archéologie

Le Service Régional de l’Archéologie veille, entre autres missions, à l'application de la législation relative à l'archéologie.

Il prescrit les diagnostics et les fouilles préventives, instruit les demandes d'autorisation de fouilles, surveille et contrôle leur exécution, en liaison avec les commissions interrégionales de la recherche archéologique (CIRA). En collaboration avec ces dernières, il encadre la recherche archéologique régionale, contribue à l'enrichissement et à la mise à jour de la carte archéologique nationale. Il met en œuvre les mesures nécessaires à la protection, la conservation et la promotion du patrimoine archéologique mobilier et immobilier. Il assure la diffusion et la promotion de la recherche. Il peut assurer la conservation in situ de vestiges.

Le diagnostic archéologique et la fouille préventive

Le diagnostic permet, par des études, prospections ou travaux de terrain, de mettre en évidence et de caractériser les éléments du patrimoine archéologique présents sur l'emprise d'un projet d'aménagement. L'ensemble des résultats obtenus donne lieu à la rédaction d'un rapport sur la base duquel le préfet de région pourra éventuellement prescrire une fouille préventive.

La fouille préventive vise, par des études, des travaux de terrain et de laboratoire, à recueillir les données archéologiques présentes sur le site, à en faire l’analyse, à en assurer la compréhension et à présenter l’ensemble des résultats dans un rapport final.

Le cadre d'intervention de l'INRAP

Les opérateurs d’archéologie préventive peuvent être l’Institut national de recherches archéologiques préventives (Inrap), les services archéologiques des collectivités territoriales agréés par l’État ou les opérateurs publics ou privés agréés par l’État.

Dans le cas du futur site de SGD à Saint-Quentin-la-Motte-Croix-au-Bailly (80), l’opérateur est l’Inrap, qui, s'appuyant sur le cahier des charges scientifiques prescrit par le préfet de région, a présenté un projet scientifique d'intervention et ses conditions de mise en œuvre, validés par les services de la DRACdirection régionale des affaires culturelles.

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Les travaux de fouille d’archéologie préventive (début avril 2014)

Pour en savoir plus:

Téléchargez la fiche sur le projet de Parc Environnemental d’Activités de Gros-Jacques de la communauté de communes Bresle Martime

Téléchargez la fiche sur le projet industriel et humain de SGD à Saint-Quentin-la-Motte-Croix-au-Bailly

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Perspective d’architecte – Le projet d’unité de production d’emballage primaire pharmaceutique de SGD au sein du Parc environnemental d’activités de Gros-Jacques (80)